Vous n’êtes peut-être pas raciste ; cela dit, vous avez probablement tous, et je m’inclus là-dedans, déjà eu des propos, actions, ou inactions racistes. Tant et aussi longtemps que vous n’accepteriez pas ce fait, il sera pratiquement impossible d’avoir une solution à ce virus qui circule depuis fort trop longtemps. 

J’ai eu le privilège et le défi de grandir dans un milieu plus démuni et, par la suite, dans un milieu plus aisé. Les différences étaient indéniables à un très jeune âge. J’ai entamé le primaire à Montréal-Nord, un quartier reconnu pour sa communauté noire qui me faisait sentir comme chez moi et je ne pouvais pas encore voir des instances de racisme autour de moi. 

Ensuite en déménageant à Vimont à Laval, je me souviens encore du choc culturel que j’ai eu en réalisant que j’étais le seul Noir dans ma classe. Dès ce jeune âge, des petites remarques constantes sur la grosseur de mes lèvres, mes cheveux et mon accent africain/créole haïtien de Montréal-Nord me remettaient constamment en question sur ma valeur comparativement à mes camarades de classe. Des commentaires avec une origine anodine, souvent dus à la différence qu’un jeune Blanc observe chez son nouvel ami paraissant, à première vue, différent de ceux avec lesquels il interagissait auparavant, mais lourds pour l’estime de soi d’un enfant noir ne connaissant pas les raisons derrières ces remarques. Je me souviendrais toujours d’une dispute dans la cour de récréation avec l’un de mes camarades de classe que j’avais frappé après qu’il m’ait traité du beau mot commençant par « n » et se terminant par « gre ». Cependant, grâce, en grande partie, à mes parents, j’ai été béni d’avoir une personnalité confiante, charismatique et aimante. Ils m’ont toujours fait comprendre qu’être Noir était magnifique et qu’il fallait que je sois fier de qui j’étais. Ceci m’a permis d’être l’une des personnes les plus « populaires » à mon école primaire. Très rapidement, mon humour, ma facilité d’apprentissage et mon leadership me permirent d’obtenir « l’approbation » de mes camarades de classe. Ce qui est encore plus intéressant est le fait que l’élève qui m’avait traité du mot commençant par « nè » et se terminant part « re », était mon voisin et est même devenu mon ami à un certain point! 

 Ceci étant dit, le but de cet article n’est pas de vous dire comment je suis cool, même si c’est évident que je le suis… La raison pour laquelle je vous raconte mon histoire personnelle est dans le but de vous faire un parallèle entre les perspectives de personnes n’ayant pas nécessairement eu le privilège que j’ai eu, et encore moins le privilège qu’une personne blanche au Québec a eu. À travers la croissance d’un Noir au Québec, plusieurs évènements similaires vont se produire qui laisseront des cicatrices différentes dépendamment de ta personnalité, de ton entourage et de ton éducation. 

Au secondaire, si tu es dans une école plus « blanche », tu t’es probablement fait refuser une « date » avec une personne avec un intérêt mutuel qui ne savait pas comment dire à ses parents qu’il ou elle voulait amener un ou une Noir (e) à la maison. Étant une femme noire, tu t’es probablement fait juger en raison de tes formes par les autres filles qui éprouvaient de la jalousie envers celles-ci. Étant un Noir brillant, tu t’es sûrement fait complimenter pour la grande taille probable de tes parties génitales avant de te faire complimenter sur tes aptitudes intellectuelles. Venant de monsieur « proportionnel » de Occupation Double, je pourrais regretter d’avoir dit ces paroles stéréotypes avec un objectif humoristique, mais devrais-je me justifier pour l’ignorance d’autrui les menant à parfois nous percevoir uniquement comme un objet sexuel? Étant un ou une Noir (e) ayant réussi athlétiquement, tu t’es probablement fait attribuer ce niveau de succès par ta génétique et non par ton éthique de travail remarquable. Étant un ou une Noir (e) ayant un curriculum plus accompli que ton homologue blanc, tu t’es probablement fait refuser un emploi pour des raisons très douteuses, voir inexplicables. Étant un homme noir conduisant un véhicule sans aucun reproche, tu t’es probablement fait arrêter pour une « vérification de routine ». Étant des milliers de manifestants noirs, votre regroupement pacifique n’était probablement pas mis de l’avant et l’accent médiatique était probablement porté sur quelques personnes insignifiantes et opportunistes commettant des actes inacceptables pendant une manifestation. J’espère que vous comprenez le principe…

Un policier qui pose le genou sur la nuque d’un Noir à Montréal-Nord

Toutes ces situations blessantes laissent malheureusement des cicatrices permanentes et amorcent un processus irréversible qui peut prendre très souvent deux directions distinctes. Il y a la direction d’une personne qui décide de vouloir « fit in » dans ce moule d’une société qui l’oppresse et ne pas vouloir dire un mot de trop pour ne pas risquer d’offusquer les têtes dirigeantes. De vouloir propager de la positivité et d’ignorer toutes les claques au visage que cette société nous donne sur une base quotidienne. Ou sinon, il y a la direction de vouloir être contre cette société et développer un sentiment de mépris envers tous ceux qui en font partie. La décision d’être contre celle-ci implique parfois une arrogance et une distanciation envers tout ce qui l’incorpore. Il devient donc très difficile pour les personnes possédant ces préjugés de rentrer en contact avec la communauté noire et de développer l’empathie nécessaire pour pouvoir contribuer à un changement concret des mentalités… mais bon… C’est bien beau comme excuses, mais personnellement, le racisme ou les préjugés dus au manque de proximité envers d’autres groupes demeurent complètement inacceptables et répugnants. 

Ayant amorcé ma carrière dans le milieu corporatif, la décision d’avoir des dreadlocks et des tatouages était extrêmement calculée. J’ai personnellement toujours voulu mettre en avant-plan mon « blackness » et prouver que peu importe les préjugés dans le milieu par rapport à mon apparence physique de « rapper », j’étais aussi ou même plus éloquent, intelligent et compétent que n’importe qui qu’un gestionnaire voudrait embaucher. Bien que je comprenne d’où provient cette ignorance, pour moi, elle reste la responsabilité de la personne ignorante et non pas des personnes VICTIMES de cette ignorance. Même, si je méprise la notion que je ne serais pas en contrôle de ma destinée, je me dois de mettre l’emphase sur le mot victime. OUI, nous sommes victimes de violences verbales, de violences armées, d’injustices économiques, d’appropriations culturelles, et ce, depuis beaucoup, beaucoup, beaucoup trop longtemps. Je m’excuse de devoir vous réveiller, je m’excuse de devoir vous mettre inconfortable dans votre peau, je m’excuse de mettre vos problèmes personnels en arrière-plan, mais même si vous avez de la difficulté à y croire, même s’il est plus raffiné qu’aux États-Unis, même s’il est moins haineux qu’aux États-Unis, le racisme est sans équivoque présent au Québec.

Si tout cela n’est pas assez concret pour vous, peut-être les messages racistes me traitant du mot commençant par « nèg » et se terminant par « e » seraient une illustration plus graphique de sa présence encore réelle, surtout provenant de personnes habitant en région. Peut-être que le meurtre de Fredy Villanueva à Montréal-Nord par l’officier Jean-Loup Lapointe qui n’a mené à aucune réforme apparente du système policier québécois pourrait vous amener à avoir une réflexion plus adéquate sur le sujet. Néanmoins, aussi bien que cela puisse vous faire sentir, il n’y a malheureusement pas de quantification que nous pouvons rattacher au racisme. Être 30% raciste, n’est pas mieux qu’être 80% raciste.

Vous êtes plusieurs à me demander quelle approche vous devez entreprendre pour pouvoir contribuer à la cause. Bien que des dons à des organismes soient une approche généreuse et appréciée, un véritable changement ne se produira pas tant qu’il ne s’orchestrera pas à un niveau interne, tant qu’il ne viendra pas du coeur. Éduquez-vous sur le sujet, combattez vos préjugés et démons intérieurs, rentrez en contact avec des personnes et cultures différentes de la vôtre. Ce sera uniquement à ce moment que vous serez en mesure de développer l’empathie nécessaire pour combattre l’oppresseur et de vous joindre à la cause de bonne foi et de façon appropriée. Si l’amour est réellement présent pour autrui, toute injustice vous révoltera assez pour vous donner la passion nécessaire pour l’éradiquer. 

Rest In Peace George Floyd. 

Black Lives Matter.

No Justice, No Peace.

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Voyons le verre à moitié plein!