Vous êtes-vous déjà posé la question, ma foi, légèrement malaisante : suis-je un ti peu raciste? Woah, woah, woah! OK… je ne veux vraiment pas vous faire peur avec ça. Donc, laissez-moi reformuler le tout. Sommes-nous, parfois, sous l’influence d’une multitude de préjugés? Avons-nous, malheureusement, des idées préconçues sur lesquelles nous nous basons pour percevoir autrui? La réponse est évidemment oui. C’est très normal, nous ne sommes que des ordinateurs sur pattes qui traitent une vaste variété d’informations pour en venir à des conclusions. L’important est d’être conscient de ces préjugés et de les combattre continuellement. Où voudrait-il en venir avec tout ce préambule inutile, direz-vous? Je ne sais pas trop sincèrement… On me questionne constamment sur mon expérience dans l’émission en tant qu’homme à la peau noire sur le continent africain. Well… en ce Mois de l’histoire des Noirs, I’M ABOUT TO GO IN! Je tiens à mentionner que ce texte risque d’être un vomi de pensées représentant uniquement MA VISION des choses. 

Étant un Québécois d’origine camerounaise, j’ai, évidemment, grandi, conscient d’appartenir à une minorité visible. À travers mon parcours académique, sportif et mes nombreux emplois, j’ai eu la chance d’être entouré de toutes les cultures que vous pouvez imaginer. Ceci m’a amené à devenir un caméléon capable de s’adapter à n’importe quel groupe. C’était l’une des grandes raisons expliquant ma confiance démesurée me menant à me présenter aux auditions d’Occupation Double.  Malgré mon grand sentiment d’appartenance à l’Afrique, ce serait mentir que de dire que je ne m’identifie pas principalement comme un Montréalais. Cependant, en touchant le sol africain pour la première fois, je me sentais plus en santé que jamais. Comme si les rayons de soleil me revigoraient la peau, les sens et l’esprit. La beauté des lieux et du peuple me laissait sans mots et je ressentais une immense fierté de découvrir le continent où mes ancêtres ont, jadis, bâti la civilisation. Oh yes, we did!!! Je dis mes ancêtres… mais scientifiquement parlant, Michel Tremblay de Saint-Hyacinthe, menuisier à temps partiel, mais homo sapiens à temps plein, est aussi Africain que moi! Je sentais par contre une énorme pression de, finalement, combattre la malheureuse représentation précédente des personnes ayant ma couleur de peau à OD.

Comment oublier les nombreux malaises de Louis-Pierre, à Occupation Double Portugal, où aucune fille ne s’était intéressée à lui et son fameux quote « y’a bang mon coup de coeur esti »? On ne peut bien sûr pas oublier le légendaire tapis rouge de Pierre Hans et son fameux « c’est tellement la vie, genre ». Avant de partir en Afrique du Sud, je l’ai tellement entendu souvent… Please bro, fais-nous pas un « Pierre Hans »! Je trouvais ça incroyablement frustrant. J’ai énormément d’admiration pour ces deux candidats qui ont osé faire l’émission et se sont relevés la tête haute après leurs « échecs ». Connaissant mon orgueil, je n’aurais jamais été capable de vivre leurs expériences et je leur lève mon chapeau. Tous les candidats ayant fait le tapis rouge de n’importe quelle saison peuvent vous décrire le niveau de stress phénoménal que celui-ci implique. Le Washington Post en était venu à la conclusion en 2014 que la plus grande peur chez les Américains était de parler devant un public. J’AI DES SOURCES, GUYS!!! Bref, ça arrive à tous les bons joueurs d’avoir une mauvaise game… Ce que je trouvais le plus triste est, qu’involontairement, tout le monde me renvoyait à lui quand il pensait à ma participation éventuelle à OD. 

Je n’ai pas voulu jouer la « race card » au cours de l’émission, car je comprends très bien que, mal utilisée, elle peut être plus nuisible à l’égalité qu’autre chose. Néanmoins, je pense, je sais, JE SUIS CERTAIN que la majorité pensait à cette phrase lorsque j’ai fait mon entrée sur le tapis rouge. Je suis quand même curieux de savoir combien d’entre vous me percevaient sans le vouloir comme le « Noir à OD » et non pas comme le conseiller financier à OD, ou comme le grand à OD, ou encore comme le peureux à OD? Chaque fois qu’on me félicite d’avoir été le premier finaliste d’origine africaine, un grand sentiment de confusion m’envahit. Le côté compétitif en moi ressent une énorme fierté, alors que le côté humain en moi est envahi d’une immense amertume. Il a fallu 13 saisons pour que cet « accomplissement » se déroule. Selon moi, au point de vue sociétal, il n’a pas grand-chose à être fier… 

Tous mes proches qui connaissent ma personnalité extravertie et bruyante m’ont demandé : pourquoi t’étais aussi plate à OD? Malheureusement, et peut-être par naïveté, je me suis mis la pression d’être irréprochable pour le téléspectateur québécois pour qu’aucun stéréotype ne soit renforcé. Devais-je m’imposer ce fardeau? N’est-ce pas le travail de la société de faire tomber certains préjugés et de juger toute personne individuellement? C’était un dilemme qui m’a causé beaucoup d’insomnie au cours de l’aventure. Devais-je présenter ma passion pour le poulet, mon manque de « skills » en natation, les expressions d’origine créole de Montréal, mes dreadlocks détachées, mon amour pour les femmes ayant des « formes », et la grandeur de mes parties génitales? Ou bien, devais-je garder ces stéréotypes pour moi pour ne pas avoir l’air d’une caricature? C’est une question étrangement complexe. Même si dans mon portrait avant l’aventure, j’assume avoir voulu être ben comique en disant que j’étais « proportionnel de partout », avec les candidats, je ne voulais jamais vraiment en discuter, car ça m’embêtait sincèrement quand les gars dans les maisons me décrivaient constamment par ce qualificatif. Ce n’est peut-être que moi, mais, souvent, lorsque les candidats le répétaient, je trouvais ça bizarrement rabaissant, car je le percevais parfois comme si ceux-ci insinuaient que le seul intérêt d’une femme pouvait ressentir envers un Noir était la longueur de son pénis. Je sais que ça sonne full dramatique et que ma vie fait pas pitié… mais y a-t-il un peu de vérité là-dedans?

Je ne blâme personne d’autre que moi-même pour la façon dont je me suis senti à travers l’aventure. J’ai voulu plaire, j’ai voulu être constamment « politically correct » et j’ai voulu me protéger du jugement racial. Cela dit, après avoir regardé les émissions et avoir vécu un autre type de jugement, je me rends compte que j’aurais dû être moi-même à OD, peu importe les critiques que ça pourrait engendrer. Je souhaite sincèrement que les prochains Noirs à se présenter à Occupation Double aient la confiance d’être 100% authentiques. C’est quand même ironique que dans cet article, je vous explique comment j’ai « craint » le jugement des autres, alors que, dans le dernier article, j’essayais de vous convaincre que les candidats d’OD avaient une excellente tolérance à ceci. Ça ne sera pas la dernière fois que je vais me contredire… Pour finir, je vous mets au défi de vous questionner sur la perception, parfois involontaire, que vous avez envers les minorités. Comprenant son histoire, le « racisme » peut paraître injuste pour décrire certains comportements que nous avons tous. Cependant, encore une fois, comprenant son histoire et sa proximité dans notre ligne du temps, ce serait naïf de croire qu’il a entièrement disparu.